La Théorie de l’État a-t-elle encore un sens?
Chairs
José María Sauca josemaria.sauca@uc3m.es
La Théorie de l’État fut une discipline classique de la seconde moitié du XIXe siècle jusqu’à la fin du XXe siècle, et ce, non seulement dans la tradition juridique continentale. Avant ce que l’on a appelé la troisième vague de démocratisation, la Théorie de l’État montrait déjà des signes d’une perte progressive d’intérêt et, de nos jours, elle n’occupe plus qu’une place secondaire — voire marginale — dans les cursus relevant de son espace traditionnel ainsi que dans les domaines de recherche correspondant à son objet. Nous estimons que les évolutions contemporaines nous invitent à repenser sa pertinence et, le cas échéant, à évaluer les conditions de sa possible réhabilitation.
D’un point de vue politique, la mondialisation apparaît comme un phénomène en crise ouverte, tandis que les démocraties illibérales renforcent leur présence sur la scène politique internationale. D’un point de vue juridique, les paradigmes de l’indépendance et de la souveraineté de l’État ont été remis en cause par des formes de gouvernance multiniveaux qui sont encore loin de bénéficier d’un fondement théorique solidement établi. De même, les conceptions classiques de l’État de droit, de la séparation des pouvoirs, du contrôle de constitutionnalité, du développement des droits fondamentaux, entre autres, ont profondément transformé les caractéristiques traditionnelles de ces notions fondamentales.
Enfin, d’un point de vue méthodologique, les appels aux approches interdisciplinaires sont aujourd’hui largement majoritaires. Peut-être la Théorie de l’État pourrait-elle offrir un espace privilégié de collaboration entre constitutionnalistes, philosophes du droit, théoriciens politiques, spécialistes du droit international, ainsi qu’historiens du droit et des idées juridiques et politiques.
Au vu de ces éléments, nous proposons de développer une réflexion collective permettant d’évaluer l’opportunité et l’utilité éventuelle de réhabiliter cet espace disciplinaire traditionnel et, le cas échéant, d’examiner les nouvelles perspectives susceptibles d’inspirer son développement.
